Galerie Beïjing – Ulaanbaatar

GALERIE
BEIJING - ULAANBAATAR

 

 

BEIJING – ULAANBAATAR

  Pour se rendre à Ulaan Baatar par le Trans-Mongolien depuis Beijing, quelques sites furent d’abord une évidence, les Hutongs, la Cité Interdite, la Grande Muraille puis la place Tian’anmen.

  Le premier offrait ses effluves mélangées, le second somnolait sous les premières chaleurs du printemps, le suivant subissait celles d’un début d’été incandescent tandis que le dernier soulevait encore l’incompréhension des visiteurs foulant cet espace de vie et de souffrances.

  Puis vint le départ si attendu dans ce train mythique terreau de notre imagination, de nos rêves ; ma joie n’était pas feinte tandis que la chenille s’ébranlait après avoir recueilli les derniers voyageurs pour l’empire de Gengis khan.

  De rares étrangers transpiraient d’impatience aux côtés d’une poignée de chinois, commerçants débonnaires et de Mongoles de retour vers leur terre.

  La fumée noire commençait à se mêler aux premières chaleurs de la journée nous obligeant à tenir les vitres fermées. La chenille d’acier rouillée et grinçante ondulait à travers des montagnes escarpées à la végétation encore bien verte.

  Mon regard n’en finissait pas de chercher l’improbable…

  Arrivé au poste frontière séparant la terre de Confucius de celle Gengis Khan vint la nuit et son cortège d’imprévus ; des voyageurs ignorants se virent priés au dernier moment de quitter précipitamment le wagon-restaurant pour rejoindre leurs compartiments mais s’était sans compter que des militaires zélés avaient déjà ordonnés aux agents de chaque voiture d’en interdire strictement l’accès…

  Ainsi, les quelques globe-trotters indolents que nous étions furent-ils débarqués sur le quai. Quelle ne fut pas notre surprise de voir au pied de chaque marchepied ces soldats intransigeants nous intimant l’ordre de rester là..

  Après moult atermoiements et grâce à l’insistance du personnel navigant, les sbires nous accordèrent le droit de rejoindre nos places. Trop heureux de retrouver nos effets personnels, nous attendîmes patiemment que les obligations douanières se déroulent jusqu’à leur fin avant de nous évader deux bonnes heures dans la zone commerçante du poste frontière Chinois pour dégourdir nos jambes.

  Se faisant, nous vîmes le train s’évanouir dans la nuit pour, nous l’apprîmes plus tard, changer d’essieux dans les hangars habilités à cet effet.

  Pendant ce temps, nous eûmes tout loisir d’écouler nos derniers yuans en achetant thé vert, noisettes et amandes entières finement salées, bananes et pommes ainsi que du thé vert plus quelques boissons rafraîchissantes qui nous accompagnèrent jusqu’à Ulaan Bataar.

  Puis surgissant de nul part, notre chenille ferroviaire réapparu en bordure de quai ; les agents nous invitèrent donc à regagner nos places afin de nous rendre au prochain poste frontière, Mongol pour le coup.

  Une nouvelle fois, les contraintes administratives nous rejoignirent avec de surcroît un contrôle sanitaire des plus sévères « grippe du cochon » oblige. Des formulaires à remplir et à n’en plus finir, des examens, des questions insistantes avec surtout le sentiment d’être le suspect idéal pour une mise en quarantaine.

  Cette paranoïa ambiante n’était pas sans me rappeler des faits identiques à mon arrivée sur le tarmac de Beijing quand les services sanitaires chinois investirent l’avion masqué et armé de leur pistolet thermomètre, retenant rigoureusement les passagers durant plus de trente minutes afin de contrôler tous les suspects…

  Puis le train reparti dans la nuit nous berçant comme un battement de cœur de son roulis régulier jusqu’au petit matin. Ce voyage dura deux jours au cours desquelles nous eûmes tout le loisir de découvrir nos voisins de compartiment, de parler avec le personnel, d’échanger avec tout ce petit monde qui déambulait dans les couloirs tandis que la steppe défilait sous nos yeux.

  Arrivé en gare d’Ulaan-Baatar, à ma descente du train, je pu ressentir à quel point le retour vers la Chine pouvait être souvent pour de nombreux Mongoles celui de l’espérance…

  L’existence dans la capitale oblige souvent à livrer bataille au milieu de ruines, de trottoirs éventrés et de chaussées défoncées empruntées par des automobilistes inconscients qui ne laissent aux piétons que le choix du suicide ou de la résignation…

  Les couvercles ayant souvent disparus, les égouts sont pour leurs habitants de véritables fenêtres ouvertes vers le ciel pour le meilleur ou pour le pire car parfois ce sont de terribles lieux de souffrance pour les enfants déshérités mais aussi des pièges meurtriers pour l’étranger distrait.

  Malgré une forte impression de désespoir qui se dégage de la population des villes, des sentiments de plénitude, de liberté, d’aventure vous envahissent dès vos premiers pas sur cette terre insolite, sauvage, majestueuse et rebelle.

  C’est un univers pour des êtres romanesques en quête de sensations fortes, d’isolement, de recherche intérieur.

  Un voyage à travers la steppe procure de nombreuses émotions, réveille en nous des sentiments inconnus, nous apprend à ne compter que sur soi tout en acceptant de nombreuses mains tendues.

  Au milieu de nulle part, on ne se sent jamais seul car se présente toujours à vous un lien vers l’humain que ce soit une trace de chameau dans l’herbe, celle d’un véhicule tout terrain, d’une moto, concurrents directs du cheval.

  La vie dans la steppe est ponctuée de gestes quotidiens, de rencontres incertaines, c’est là tout le charme de cet univers souvent masculin.

  Parfois, c’est un homme qui se lave les mains devant sa ger en pissant l’eau de sa bouche devenue sorte de robinet ; la bataille de l’eau est omniprésente, occupe une attention de tous les instants en ville comme dans la steppe.

  Plus loin, ce peut-être des bergers qui regroupent leur bétail, l’un juché sur son destrier souvent efflanqué, l’autre sur son cheval d’acier bariolé…

  Au cours de ses pérégrinations il n’est pas rare pour le voyageur de croiser un cavalier solitaire à la recherche de l’inconnu ; s’arrêter pour lui demander son chemin offre toujours l’occasion d’échanger, souvent de fumer une cigarette, de boire une rasade de lait de jument fermenté ou même de Vodka.

  On créer un lien précaire mais vrai et sincère entre deux mondes opposés.

  Les enfants ne sont pas absents de cet univers, bien au contraire ; ils tissent un lien très important entre les anciens et une nouvelle génération, celle de ceux qui veulent tourner définitivement le dos au passé mais à quel prix !

  C’est d’ailleurs à l’occasion du Naadaam que l’on ressent le plus cette communion intergénérationnelle.

  Plus marginalement, quelques jeunes pousses choisissent de vivre dans les monastères aux côtés de leurs pairs qui sont à l’origine du renouveau bouddhique de Mongolie ; ces enfants sont souvent rieurs, espiègles, plein de fraîcheur et d’espoir.

  Les gamins des villes souvent en grand danger sont parfois pris en charge dans un des rares orphelinats agréés par les autorités mais je ne retiendrai d’eux que leur générosité, leur fraîcheur, leur optimisme, un réelle joie de vivre.

  La Mongolie est à l’image d’une page trop chiffonnée par des siècles de souffrances mais ne retenir que cet aspect est vraiment réducteur ; cessons de mettre le doigt de manière ostentatoire sur les difficultés de ces peuples qui suivent un chemin plus long, attachons-nous à montrer d’autres aspects, retenons d’eux l’essentiel, leurs valeurs qui ne s’expriment pas virtuellement derrière un écran…

Philippe Valldemosa

 

BEIJING - ULAANBAATAR


78 extraits des 95 photographies qui
composent ce livre de 108 pages
  au format 23cm x 23cm.